
Quand Marie m’a appelé, elle était en larmes. L’établissement demandait 2 800 € par mois. Sa mère touchait 1 400 € de pension. Personne dans la famille n’avait vu venir ce gouffre financier. Et pourtant, Marie avait eu cinq ans pour s’y préparer. Ce qui me frappe dans les dossiers que j’accompagne, c’est toujours la même histoire : des familles découvrent les montants au dernier moment, quand l’urgence médicale ne laisse plus le temps de réfléchir. La bonne nouvelle, c’est que vous lisez ceci maintenant, pas le jour où il faudra signer. Ça change tout.
L’essentiel pour anticiper en 4 points
- Le coût réel dépasse souvent le tarif affiché de 400 à 600 € mensuels (suppléments non inclus)
- L’APA en établissement peut atteindre 2 080 € par mois selon le niveau de dépendance
- L’ASH est récupérable sur la succession dès le premier euro d’actif net
- Commencez les démarches au moins 6 mois avant l’entrée prévue pour éviter les délais administratifs
Combien coûte vraiment un séjour en EHPAD en 2026
Je ne vais pas vous mentir : le premier devis que vous recevrez d’un établissement ne reflète presque jamais la réalité. Dans mon accompagnement des familles en Île-de-France, je constate régulièrement un écart de 400 à 600 € mensuels entre le tarif annoncé et ce que les familles paient réellement. Les suppléments s’accumulent : produits d’hygiène, coiffeur, pédicure, téléphone, télévision dans la chambre. Ce constat est limité à ma zone d’intervention, mais les pratiques restent similaires dans la plupart des régions.
Comptez entre 2 000 et 2 500 € par mois en moyenne nationale. En région parisienne, c’est plutôt 2 800 à 3 500 €. Ces montants se décomposent en trois postes distincts : le tarif hébergement (logement, repas, blanchisserie), le tarif dépendance (aide aux gestes quotidiens selon votre niveau GIR), et le forfait soins (pris en charge par l’Assurance maladie, vous ne le payez pas). Ce qui reste à votre charge, c’est l’hébergement et une partie de la dépendance. Si vous cherchez un EHPAD à Paris 15ème, prévoyez le haut de la fourchette.
| Poste de dépense | Tarif affiché | Suppléments courants | Total réaliste |
|---|---|---|---|
| Hébergement | 1 600-2 200 € | +50-100 € (TV, téléphone) | 1 650-2 300 € |
| Dépendance (GIR 3-4) | 400-600 € | — | 400-600 € |
| Soins personnels | Inclus (théoriquement) | +80-150 € (coiffeur, pédicure) | 80-150 € |
| Hygiène et confort | Non mentionné | +50-80 € (protections, crèmes) | 50-80 € |
| TOTAL mensuel | 2 000-2 800 € | +180-330 € | 2 180-3 130 € |

La durée moyenne de séjour tourne autour de deux ans et demi, mais cette statistique masque des réalités très différentes. Certaines personnes restent quelques mois, d’autres plus de cinq ans. Soyons clairs : si vous multipliez un reste à charge de 1 800 € par 30 mois, vous obtenez 54 000 €. C’est le montant que beaucoup de familles doivent trouver, souvent sans y être préparées.
Les 3 stratégies d’épargne qui fonctionnent selon votre situation
Je recommande toujours de commencer par estimer le reste à charge réel avant de choisir un support d’épargne. Sans ce chiffre, vous épargnez à l’aveugle. Franchement, il n’existe pas de solution universelle : tout dépend de votre horizon temporel et de vos revenus actuels.
Quelle stratégie d’épargne pour votre situation
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Vous avez plus de 10 ans devant vous :
Privilégiez l’assurance vie ou un PER. Les fonds euros sécurisent le capital tandis que les unités de compte peuvent dynamiser le rendement. Visez un capital de 60 000 à 80 000 € à terme.
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Vous avez 5 à 10 ans :
Concentrez-vous sur une épargne sécurisée (fonds euros, livrets). Commencez à simuler les aides potentielles pour ajuster votre objectif. Un capital de 40 000 € peut suffire si les aides sont mobilisables.
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Vous avez moins de 5 ans :
L’épargne seule ne suffira pas. Priorité aux démarches d’aides (APA, APL) et à la discussion familiale sur la répartition des charges. Chaque mois compte.
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Revenus modestes :
Focalisez-vous sur l’ASH et l’obligation alimentaire. Ces dispositifs sont conçus pour les situations où les ressources ne couvrent pas les frais. Anticipez la discussion avec vos frères et sœurs.
L’assurance dépendance fait débat. Mon avis (qui n’engage que moi) : elle vaut le coup si vous la souscrivez avant 60 ans. Après, les cotisations deviennent prohibitives et les délais de carence de 1 à 3 ans réduisent considérablement l’intérêt. J’ai vu des familles payer pendant 15 ans des cotisations pour finalement ne jamais déclencher le contrat. À l’inverse, d’autres ont touché une rente mensuelle qui a fait toute la différence.
Ce qui fonctionne le mieux dans les dossiers que j’ai suivis ? Une combinaison simple : épargne régulière sur assurance vie (200 à 300 € par mois pendant 10 ans = environ 30 000 € hors intérêts) + mobilisation des aides le moment venu. Cette approche évite de tout miser sur un seul levier.
Les aides pour réduire le reste à charge : ce qui marche vraiment
Passons aux choses concrètes. Il existe une dizaine d’aides différentes, mais soyons honnêtes : trois d’entre elles représentent 90 % des financements. Le reste, ce sont des dispositifs marginaux ou très spécifiques. Pour un tour d’horizon complet sur les aides pour financer un séjour en établissement, je vous recommande d’approfondir ensuite.

L’APA en établissement : combien et pour qui
L’Allocation Personnalisée d’Autonomie sert à financer une partie du tarif dépendance facturé par l’EHPAD. Elle ne couvre pas l’hébergement, c’est un point que beaucoup de familles découvrent trop tard. Le montant de l’APA en 2026 peut atteindre 2 080,33 € par mois pour une personne classée GIR 1 (dépendance totale).
Le calcul n’est pas simple. Conformément aux données de Service-Public.fr, les personnes ayant un revenu mensuel inférieur à 2 846,77 € en 2026 ne paient que le tarif dépendance correspondant au GIR 5-6, soit la part la plus basse. Au-delà de ce seuil, une participation progressive est demandée.
2 080,33 €/mois
Plafond APA en établissement pour un GIR 1 en 2026
L’erreur la plus courante ? Penser que l’APA va régler le problème. En réalité, elle réduit le tarif dépendance, pas le tarif hébergement qui représente souvent les deux tiers de la facture. Sur le terrain, je vois des familles découvrir qu’après APA, il reste encore 1 500 à 2 000 € à sortir chaque mois.
L’ASH : l’aide sociale à l’hébergement et ses contreparties
L’Aide Sociale à l’Hébergement intervient quand les ressources de la personne âgée (et de ses obligés alimentaires) ne suffisent pas à payer l’EHPAD. D’après les informations officielles de Service-Public.fr, l’ASH paie la différence entre le montant des frais d’hébergement et ce que peuvent payer la personne âgée et ses obligés alimentaires. Un minimum de 125 € par mois est garanti à la personne hébergée pour ses dépenses personnelles.
La contrepartie de l’ASH à ne pas ignorer
L’ASH n’est pas un cadeau. Selon le portail officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr, le conseil départemental peut récupérer les sommes versées sur le patrimoine transmis par la personne décédée. Cette récupération s’effectue sur l’actif net de la succession dès le premier euro. Concrètement : si votre parent possédait une maison, les aides ASH perçues seront déduites de votre héritage.
Je pense à ce dossier traité l’année dernière : Françoise, 72 ans, ancienne institutrice. Son mari atteint d’Alzheimer devait entrer en EHPAD. Budget initial prévu : 1 800 € par mois. Réalité après évaluation : reste à charge de 2 400 €. Elle avait découvert tardivement que l’APA en établissement ne couvrait qu’une partie du tarif dépendance. Le dossier ASH a été refusé une première fois pour pièces manquantes, ajoutant trois mois de délai. Finalement, une contribution des enfants (obligation alimentaire) et les APL ont permis de boucler le budget. Ce qui me frappe à chaque fois : personne n’avait anticipé. Cinq ans d’épargne auraient changé la donne.
Les APL et le forfait soins : les compléments souvent oubliés
Les Aides Personnalisées au Logement s’appliquent aussi en EHPAD, à condition que l’établissement soit conventionné. Le montant dépend des ressources du résident et peut représenter 150 à 300 € mensuels. C’est rarement mis en avant par les établissements, pourtant ça compte.
Quant au forfait soins, vous n’avez rien à payer : l’Assurance maladie le verse directement à l’établissement. Ce n’est pas une aide mobilisable, mais c’est important de comprendre que vous ne payez pas les actes médicaux courants en EHPAD.
Cette liste n’est pas complète. Il existe d’autres dispositifs (aides des caisses de retraite complémentaire, aides communales, réduction d’impôt), mais je me concentre sur l’essentiel. Pour les situations complexes, un assistant social du CCAS de votre commune peut identifier les aides spécifiques à votre cas.
Par où commencer concrètement : les étapes dans le bon ordre
L’erreur classique, c’est de commencer par visiter des établissements avant d’avoir posé les bases financières. Résultat : vous tombez amoureux d’une structure à 3 200 € par mois alors que votre budget réaliste est de 2 200 €. Je vous propose une chronologie plus efficace.
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Estimer le reste à charge probable et commencer une épargne régulière (livret, assurance vie) -
Réunir les documents financiers (avis d’imposition, relevés de patrimoine) et ouvrir le dialogue familial -
Simuler les aides (APA, APL) avec les revenus réels et commencer les visites d’établissements -
Déposer le dossier APA au Conseil Départemental (délai légal : 2 mois, réel : souvent plus) -
Finaliser le choix d’établissement et réserver une place
Ces délais sont des moyennes constatées en Île-de-France. Dans certains départements surchargés, comptez 30 % de plus. Ce qui bloque le plus souvent les dossiers, c’est le manque de pièces justificatives : avis d’imposition des obligés alimentaires, relevés bancaires, justificatifs de patrimoine. Rassemblez tout ça bien avant d’en avoir besoin.
Vérifications à faire dans les 6 prochains mois
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Récupérer les trois derniers avis d’imposition de vos parents
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Lister les biens immobiliers et leur valeur estimée
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Identifier le niveau de dépendance actuel (autonome, GIR 5-6, GIR 3-4)
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Consulter le CCAS ou CLIC de votre commune pour un premier bilan
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Organiser une réunion familiale pour aborder la question du financement
Vos questions sur le financement anticipé d’un EHPAD
Les enfants sont-ils obligés de payer pour leurs parents ?
Oui, c’est prévu par les articles 205 à 207 du Code civil. L’obligation alimentaire impose aux descendants de contribuer aux besoins de leurs ascendants dans le besoin. Dans le cadre de l’ASH, le Conseil Départemental contacte les enfants pour évaluer leur capacité contributive. Cette contribution est calculée en fonction des revenus et charges de chaque enfant, pas de manière égalitaire.
L’assurance dépendance vaut-elle vraiment le coup ?
Ça dépend de l’âge à la souscription. Avant 60 ans, les cotisations restent raisonnables et le contrat peut s’avérer très utile. Après 65 ans, les primes augmentent fortement et les délais de carence (1 à 3 ans) réduisent l’intérêt. Vérifiez aussi les conditions de déclenchement : certains contrats exigent un niveau de dépendance élevé pour verser la rente.
Faut-il vendre la maison des parents pour payer l’EHPAD ?
Ce n’est pas obligatoire, mais c’est parfois la solution la plus simple. La maison peut aussi être mise en location pour générer un revenu complémentaire. Attention : si vous demandez l’ASH, le patrimoine immobilier sera pris en compte dans le calcul des ressources, et les sommes avancées seront récupérées sur la succession.
Peut-on cumuler APA et ASH ?
Oui, c’est possible et même fréquent. L’APA finance le tarif dépendance, l’ASH prend en charge l’hébergement. Ce sont deux aides complémentaires versées par des financeurs différents (le Conseil Départemental pour les deux, mais sur des enveloppes distinctes).
Comment négocier le tarif avec un EHPAD ?
Les tarifs hébergement des établissements publics et habilités à l’aide sociale sont fixés par le département : pas de négociation possible. Pour les EHPAD privés commerciaux, une marge existe parfois sur les prestations annexes ou en cas de paiement anticipé. Posez toujours la question des suppléments avant de signer.
La prochaine étape pour vous
Si vous ne devez retenir qu’une chose, c’est celle-ci : le moment idéal pour anticiper, c’était il y a cinq ans. Le deuxième meilleur moment, c’est maintenant. Les familles que j’accompagne et qui s’en sortent le mieux ne sont pas celles qui ont le plus d’argent. Ce sont celles qui ont commencé à réfléchir au sujet avant l’urgence.
Plutôt que de conclure, posez-vous cette question : dans six mois, où en serez-vous ? Si la réponse est « au même point », c’est que le premier pas reste à faire. Appelez le CCAS de votre commune, demandez un rendez-vous avec un assistant social, ouvrez un livret d’épargne dédié. Ces gestes simples changent tout quand le moment arrive.
Précisions sur les montants et aides 2026
Les tarifs EHPAD varient fortement selon le département et le type d’établissement (public, privé non lucratif, privé commercial). Les plafonds et barèmes des aides (APA, ASH) sont révisés annuellement et peuvent différer de votre situation réelle. Chaque situation familiale et patrimoniale nécessite une analyse personnalisée par un professionnel.
Risques à connaître :
- Risque de sous-estimation du reste à charge réel si les revenus du conjoint ne sont pas intégrés au calcul
- Risque de récupération sur succession pour l’ASH si le bénéficiaire possède un patrimoine immobilier
- Risque de conflit familial sur l’obligation alimentaire si les modalités ne sont pas anticipées
Pour une analyse personnalisée, consultez un(e) assistant(e) social(e) du CCAS ou CLIC de votre commune, ou un conseiller en gestion de patrimoine.